Arsène Wenger célèbre vingt ans de règne à Arsenal

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Arsène Wenger célèbre vingt ans de règne à Arsenal

Le manager français fête ce samedi deux décennies passées à la tête du club londonien. Une « story » rare dans le sport moderne.

Vingt ans. Une éternité dans le football moderne, impitoyable théâtre d’enjeux colossaux qui ne tolère pas la défaite. « Je suis comme un dinosaure, j’essaie d’être compétent, loyal et de faire progresser le club », a, dans un entretien à beIN Sports, résumé Arsène Wenger. Le 1er octobre 1996 (contrat de 3 ans, transfert de 2 millions de livres), le technicien français s’inscrit comme le dix-neuvième manager d’Arsenal depuis 1894. En provenance de Nagoya (après avoir brillé à Monaco), le distingué Alsacien ne s’avance pas sur un tapis rouge. Il voit déferler une vague de méfiance, de défiance, « Arsène who ? » (Arsène qui ?), qui s’accroche sur les manchettes des journaux ou se faufile dans les remarques perfides de ses adversaires, telles celles d’Alex Ferguson (« Que connaît-il du football anglais en venant du Japon ? »).
 
À l’époque, les managers étrangers incarnent l’exception dans le championnat anglais. Arsène Wenger s’inscrit dans le sillage du pionnier tchécoslovaque Jozef Venglos (à Aston Villa en 1990). Suivront José Mourinho, Slaven Bilic, Mauricio Pochettino, Jürgen Klopp ou Josep Guardiola. La Premier League ne compte plus aujourd’hui que quatre managers anglais, parmi deux Gallois, un Ecossais, un Néerlandais, un Allemand, un Argentin, un Croate, un Portugais, deux Français, deux Espagnols et quatre Italiens…
 
Sur des photos juxtaposées, prises à vingt ans d’écart, le manager d’Arsenal prend la même pose. Assis les bras en croix dans les sièges rouges du stade. De son regard jaillit la même détermination, s’évade la même passion. Sur son visage fin épargné par les outrages du temps se fige un sourire crispé. Le club a changé. Pas Arsène Wenger. Le Guardian, à l’heure de célébrer la date anniversaire du Français, s’est interrogé sur le phénomène. Est-il obstiné, loyal, romantique, révolutionnaire ? Une relique ou un rescapé ? Un peu tout cela à la fois. Dès ses débuts à Arsenal, le Français s’est appliqué à métamorphoser de fond en comble le quotidien du club londonien en s’occupant de la diététique (inspiré par le mode de vie japonais), autant que du stretching, de la logistique, de la tactique et du jeu.

Si le manager des Gunners a, ces derniers mois, vu le slogan « Time for change » (le temps du changement) fleurir et être entonné par certains supporteurs, entre-temps le Français (66 ans) s’est tellement fondu dans le paysage qu’il est devenu « Arsènal », indissociable du club du nord de Londres où il a vécu un règne coupé en deux tranches distinctes, de dix ans chacune (voir l'infographie ci-dessous). L’une faste, la première, couronnée par onze titres (dont celui de champion 2004, qui reste le dernier titre en Premier League, à l’issue d’une saison sans défaite, la première en Angleterre depuis 1889), la seconde seulement coiffée par quatre trophées.
 
Changement d’ère
Au cours de ses deux décennies à Arsenal, il a imprimé un style, tracé avec patience une ligne, laissé infuser une philosophie qui, telle une digue, a résisté aux vagues de la mode d’une société de consommation rapide ayant fait des bâtisseurs d’hier des intérimaires. Johan Cruyff avait, en 2012, comparé le rôle du manager d’Arsenal à celui qu’a tenu Alex Ferguson à Manchester United (durant vingt-six ans et sept mois).
 
« Le Professeur » est sous contrat jusqu’à la fin de la saison. Avec lui, entre 1996 et 2016, Arsenal s’est fait apôtre de la régularité, n’a jamais terminé au-delà de la 4e place de la Premier League. Mais a, en revanche, affiché des limites récurrentes en Ligue des champions (une élimination en demi-finales et une finale malheureuse en 2006 peinent à surnager au milieu, notamment, de dix éliminations en 8es de finale) et court après un titre marquant depuis de longues années.
 
L’histoire n’a pas livré son épilogue, mais Arsène Wenger restera comme le premier entraîneur non britannique sacré champion d’Angleterre (1998) et le premier, en 2005, à avoir aligné en Premier League une équipe (joueurs titulaires et remplaçants) sans le moindre joueur anglais. Et surtout l’homme qui, à Arsenal, a assuré le changement d’ère. Le 7 mai 2006, il a, après quatre-vingt-treize ans d’existence, fermé Highbury (38 000 places), le « temple », le mythique stade, avant, quelques semaines plus tard, de lancer le défi économico-sportif de l’Emirates Stadium (60 000 places), bâti avec des fonds propres. Réputé pour la qualité de sa gestion financière, l’Alsacien a, au fil des ans, contribué à faire d’Arsenal un des rares clubs européens dégageant régulièrement des bénéfices. Récompense de la confiance du board et des actionnaires du club, le Français est l’un des managers les plus rémunérés de la Premier League.

Chef d’orchestre, bâtisseur, Arsène Wenger jongle depuis vingt ans avec les rôles, passe du survêtement au costume-cravate, occupe la scène médiatique, toujours tiré à quatre épingles. Courtisé par la fédération anglaise pour un rôle de sélectionneur ou par le Paris SG, il est resté accroché à son projet à Arsenal, n’a jamais laissé s’échapper le fil du (beau) jeu. Il y a quelques années, celui qui a vu d’anciens élèves se lancer dans la carrière d’entraîneur (Jürgen Klinsmann, Claude Puel ou Rémy Garde) résumait dans Le Figaro : « Pour moi, le football doit être un art. Une ambition à la fois belle et noble. »Dans la liste des joueurs marquants ayant accompagné son épopée et son goût du spectacle dans les jardins anglais figurent Thierry Henry, Dennis Bergkamp, Patrick Vieira, Tony Adams, Robert Pirès, Cesc Fabregas, David Seaman ou Emmanuel Petit. Dimanche face à Burnley, Arsenal, troisième de Premier League à cinq points de Manchester City, continuera à écrire l’histoire singulière de « gentleman Arsène » qui a su survivre aux déceptions pour garder la ligne. Et scruter, port altier, l’horizon avec ambition. Une gageure dans le monde extrêmement concurrentiel du sport de haut niveau actuel.

Bio express

1949

Naissance à Duttenheim.

1973

Joueur à Mulhouse (1973-1975), puis Strasbourg (1978-1981).

1984

Débute en tant qu’entraîneur à Nancy, suivront Monaco (1987-1995) et Nagoya (1995-1996).

1996

Signe à Arsenal. Sacré champion en 1998 (doublé avec la Coupe d’Angleterre), 2002 et 2004.

2006

Finaliste de la Ligue des champions contre Barcelone (1-2)

Par : Jean-Julien Ezvan pour H24info

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