Le foot français, nouvel eldorado des investisseurs étrangers

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Avec l’arrivée d’hommes d’affaires américains ou chinois, le football français séduit de plus en plus hors de nos frontières. Mais la situation reste fragile et perfectible.

Foot français cherche investisseur. Profil sérieux requis. Ne vous y méprenez pas, cette petite annonce ne figure pas dans les revues spécialisées. En revanche, bon nombre de patrons de clubs de Ligue 1 cherchent à laisser la main. Les raisons sont diverses. Manque de moyens, lassitude, système fiscal contraignant… Une aubaine saisie ces dernières années par de nombreux investisseurs étrangers.
 
Le fonds souverain du Qatar (le PSG appartenait alors à un fonds d’investissement américain, Colony Capital, depuis 2006, NDLR), et le milliardaire russe Dmitry Rybolovlev, du côté de Monaco, avaient donné le ton en 2011. Depuis, Sochaux a été racheté par le groupe chinois Ledus en 2015, Lens a vu arriver des dirigeants de l’Atlético Madrid - après une gestion chaotique de son propriétaire… azéri -, Nice a accueilli des hommes d’affaires sino-américains et Auxerre a été racheté à 60 % par un groupe chinois.
 
Le 17 octobre dernier, l’homme d’affaires américain, Frank McCourt, prenait les commandes de l’OM, tandis que le projet du businessman hispano-luxembourgeois Gérard Lopez serait en passe d’aboutir pour le rachat de Lille. Sans oublier Le Havre, repris par des Américains, ou encore Lyon qui a ouvert son capital à des Chinois. Vous vous y retrouvez? En clair, les lignes bougent. Doucement mais sûrement.
 
Une situation qui semble satisfaire de nombreux acteurs dans le petit monde du foot. Didier Quillot, en tête. «Il faut se réjouir de ces opérations, avance au Figaro le directeur général de la Ligue de football (LFP), nouvel homme fort de l’instance après le départ de Frédéric Thiriez… toujours pas remplacé à son poste de président. Ces mouvements prouvent que le foot français est attractif et séduit hors de nos frontières. Les investisseurs étrangers croient dans le potentiel économique de notre championnat.»

Les grandes fortunes françaises passent leur tour
Sur l’identité des actuels et futurs repreneurs, le dirigeant, âgé de 57 ans, porte un regard avisé. «Ce ne sont pas des fonds souverains, mais bien des entrepreneurs, ce qui veut dire qu’ils vont rester et veulent faire de l’argent un jour. Ils croient dans notre capacité à transformer le modèle économique du foot français.»
 
Un avis que ne partage pas le président de la FFR, Noël Le Graët, désireux quant à lui de voir des entreprises françaises mener à bien la refonte du foot hexagonal. Sur ce sujet, un poil épineux, Didier Quillot consent: «C’est un regret, je vous l’accorde, mais je ne suis pas surpris.» Et l’ancien dirigeant d’Orange de se montrer optimiste pour l’avenir. «Il faut réussir à améliorer la qualité du produit et son image. Et ils viendront aussi. Il n’y a aucune raison pour que ce ne soit que des investisseurs étrangers qui mettent de l’argent dans notre football.»

Aujourd’hui, quasiment tous les clubs français sont à vendre Un haut dirigeant français
Comment expliquer cette recrudescence ? Depuis des années, le foot anglais, italien ou espagnol attire les investisseurs chinois, américains ou autres. Ce qui n’était pas le cas de la France jusqu’à maintenant. Mais il faut dire que le ticket d’entrée pour s’offrir un club français est moins cher que dans les grands championnats. «Aujourd’hui, quasiment tous les clubs français sont à vendre, souffle un haut dirigeant. Reste à trouver des repreneurs aux reins solides. Mais il faut savoir qu’aucune entreprise française du CAC 40 ne veut investir dans le foot hexagonal. Trop risqué et onéreux, ce dont profitent les étrangers.»
Michel Seydoux, patron du Losc depuis 2004 et en passe de le vendre, confesse. «Économiquement, ce n’est vraiment pas simple car on souffre du manque de revenus pour être compétitif avec nos voisins européens, précise-t-il au Figaro en faisant notamment référence aux droits TV, moins important que ceux de l’Angleterre, l’Italie, l’Espagne ou encore l’Allemagne. De plus, les charges sont lourdes en France et la fiscalité pesante.» Outre ces éléments conjoncturels, l’homme d’affaires et producteur de cinéma pointe également un autre problème. «Culturellement, la France n’est pas un pays de foot, contrairement à ce qu’il se passe ailleurs en Europe. Chez nous, ce sont la plupart du temps des spectateurs, non des supporteurs, et il n’y a pas cet aspect passionnel. Du coup, il est difficile de créer des revenus par ce biais-là. Les gens viennent quand le spectacle est beau. Regardez à Paris, c’est l’exemple le plus marquant…»
Rendre le produit plus «sexy» et vendeur
Conscient des axes à développer pour une attractivité supérieure, Didier Quillot a foi en l’avenir. Et les initiatives ne manquent pas pour tenter de rendre le produit plus «sexy» et vendeur: réforme de la fiscalité, mise en place d’un naming en Ligue 1, création d’une structure d’élite pour l’arbitrage, volonté de récompenser les clubs soucieux de l’état de leur pelouse, meilleure réalisation télévisuelle, création d’un «All Star Game» sur le modèle de ce qui se fait en NBA…
Autant de chantiers qui témoignent d’une volonté réelle de la LFP de moderniser son produit phare. Reste désormais à mettre en place ces belles paroles sur le terrain. En termes de visibilité internationale, de notoriété, d’audience, la Ligue 1 peut, et doit, mieux faire. Son avenir en dépend. La compétitivité des clubs français également. «Les investisseurs français ne sont pas pleinement convaincus qu’on peut encore gagner de l’argent dans le football, estime Quillot. Les étrangers pensent le contraire. Si on réussit tout ce que l’on est en passe d’entreprendre, je pense que ce sont les investisseurs étrangers qui ont raison. Mais il faudra plusieurs années pour le démontrer…»