Tactique, choix, patience... les clés du succès du PSG d'Emery

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Régulièrement sous le feu de la critique depuis son arrivée à Paris, le coach basque a vu sa méthode et ses choix brillamment récompensés contre le géant barcelonais.

«Je suis une personne de plus dans ce collectif». Unai Emery avait le succès modeste mardi soir après la démonstration de force de «son» PSG contre Barcelone (4-0). Un récital qui a peut-être vu le club de la capitale produire le match le plus abouti de toute son histoire en coupe d’Europe, à défaut de dépasser l’exploit réalisé contre le Real Madrid en 1993 en termes d’émotion. «Qu’on gagne ou qu’on perde, c’est tous ensemble», surenchérissait le Basque. Le tout en écartant l’idée d’une revanche personnelle suite aux nombreuses critiques dont il a fait l’objet depuis qu’il a posé ses guêtres sur les bords de la Seine. «Je ne pense pas que lui soit là-dedans, juge Pierre Ducrocq, consultant sur SFR Sport. Mais par contre, ça lui donne beaucoup de crédit, à lui et à son travail, ce qui n’avait pas forcément toujours été validé sur le terrain. Et n’en parlons pas dans la presse. Ça veut dire que même contre les meilleurs, son système fonctionne. Il n’est pas fou le garçon.» La méthode Emery a donc porté ses fruits au meilleur des moments. Permettant au PSG de marcher sur un Barça broyé par le rouleau compresseur rouge et bleu. Explications.
 

Le Barça n’avait aucun secret pour Emery
La première clé de ce succès, c’est le travail en amont du coach parisien et de son staff. Un maniaque du détail, capable de passer des heures entières à visionner encore et encore des vidéos afin de déceler la moindre faille à exploiter. «On avait vraiment bien préparé ce match. Notamment à la vidéo, on a regardé beaucoup de matches de Barcelone», glisse Marco Verratti. Des vidéos, Emery et consorts ont eu le temps d’en disséquer depuis le tirage au sort des 8es de finale, en décembre dernier. «Ils savaient comment nous presser, comment se placer derrière. Ils ont su utiliser nos erreurs», avouait le milieu catalan Sergio Busquets, qui s’attendait «à autre chose» de Paris. Emery, lui, avait tout compris du Barça. 
 
Le plan était parfait
Et notamment qu’il fallait agresser ces artistes blaugranas, les sortir de leur zone de confort. «On voit bien qu’ils (les Barcelonais) n’ont plus la même maîtrise de balle, qu’ils se sont fait bousculer en championnat par des équipes qui les avaient serrés haut, pressés haut, juge Philippe Montanier. Les Parisiens avaient envie d’adapter cette stratégie. Après, il faut savoir le faire. Là, ça a été extrêmement bien appliqué.» Au prix d’une débauche d’énergie incroyable. La sortie pour cause de crampes de Verratti à la… 69e minute en est la démonstration. Ce pressing incessant a permis aux parisiens de récupérer haut le ballon et de vite se projeter vers l’avant. Sur attaques placées aussi, le PSG a su faire des différences. Quand vous couplez tout cela avec une réussite maximale et de l’efficacité devant le but, vous obtenez un cocktail détonant. «C’est la victoire de tout le monde, mais c’est bien qu’on lui accorde ça aussi», note coach Montanier.
 
Di Maria, Meunier, les jeunes : Emery a tapé dans le mille
La réussite d’Emery, c’est aussi d’avoir fait des choix gagnants dans sa composition d’équipe. Il a notamment fait confiance aux jeunes pour pallier les absences des deux Thiago, Motta (suspendu) et Silva (blessé), avec Adrien Rabiot et Presnel Kimpembe (21 ans). A gauche, il a privilégié la fougue de Layvin Kurzawa (24 ans) à l’expérience de Maxwell (35). En fait, seuls trois Parisiens avaient plus de 26 ans au coup d’envoi, Angel Di Maria, Blaise Matuidi (29 ans) et Edinson Cavani (30) ! Auteur d’un doublé et homme du match, Di Maria était d’ailleurs en balance avec Lucas pour le poste d’ailier droit. S’il a parfois été chahuté par Neymar, Thomas Meunier a aussi justifié la confiance placée en lui. «Emery a fait des choix payants puisque tout le monde a répondu présent», résume Philippe Montanier. 
 
 
 

La prime à la patience 
Au final, ce résultat valide la méthode Emery. Celle qui avait déjà fait ses preuves par le passé à Valence et surtout à Séville, avec trois succès en Ligue Europa. Encore fallait-il que les joueurs y adhèrent pleinement. «On a l’impression que certains joueurs n’étaient pas complètement certains de la chose jusqu’ici, qu’ils prenaient un peu les matches par-dessus la jambe ou pensaient que ça allait passer sans faire tous les efforts réclamés par le coach, devine Pierre Ducrocq. Et non. Il ne faut pas de trou dans le système. Dès qu’un ou deux joueurs ne font pas le pressing, tu passes au-travers collectivement.» C’est la «prise de conscience individuelle et collective exemplaire» dont parlait Meunier mardi soir. Emery a dû être patient, parfois prendre des détours et faire de la politique dans le vestiaire, mais il a bien eu raison de rester fidèle à ses principes. «Quand vous amenez une nouvelle méthode, il faut qu’elle soit intégrée par les joueurs. Les joueurs peuvent douter. A un moment donné, il vous faut des résultats pour valider votre méthode et augmenter l’adhésion des joueurs. Lorsqu’ils sont à 100% dans ce qui est demandé et qu’ils voient qu’ils battent le Barça 4-0, ça ne peut que renforcer encore cette adhésion, cette cohésion entre le staff et les joueurs», prévient Philippe Montanier. Le meilleur est donc peut-être à venir pour le PSG…